Lettre au ministre de la Santé, à propos de l'agrément donné à l'ADMD, association militant pour l'euthanasie, de représenter les patients à l'hôpital
Monsieur le Ministre,
Par cette lettre, je tiens à vous faire part de ma stupéfaction suite à la publication de l’arrêté du 11 août 2006 portant sur l’agrément national des associations et unions d’associations représentant les usagers dans les instances hospitalières ou de santé publique.
A la lecture de cette liste, on y trouve agréée l’ADMD, Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. Or, cette association affirme explicitement, notamment sur son site Internet www.admd.net, son combat en faveur de la légalisation de l’euthanasie, sous couvert du slogan « mourir dans la dignité ». Nul n’ignore les difficultés que connaissent les praticiens de la santé, confrontés à des situations douloureuses. Si chaque personne a droit au respect de sa dignité, personne ne peut disposer à la place d’autrui du droit de donner la mort. C’est à la société d’accompagner cette personne et non à elle de la supprimer.
C’est en ce sens qu’il me semble inopportun et très dangereux de consacrer une place au sein d’un conseil d’administration à une telle association dont les activités militantes sont connues de tous et ne manqueront pas d’influencer les décisions hospitalières, notamment par des arbitrages économique au détriment des considérations éthiques.
Cela est contraire à la mission de service public qui est assignée au milieu hospitalier : prodiguer des soins à la personne, dans le respect de l’intégrité de son être.
Cette décision est de surcroît contraire aux conclusions rendus les 30 juin 2004 de la Mission d’information sur l’accompagnement de la fin de vie conduite par Jean Léonetti, Député des Alpes-Maritimes et dont j’étais Vice-présidente.
L’objectif de ce débat était d’apporter des solutions concrètes pour doter la France d’un cadre juridique et de permettre la clarification des responsabilités. Suite à cet important travail, une proposition de loi a été déposée par ses membres et j’y ai apporté ma co-signature en soulignant le fait que la dignité de la personne ne peut être « subjective », comme certains étaient tentés de l’inscrire.
Sachez que je suis pleinement consciente des difficultés que rencontrent les malades et leurs familles pour qui choisir entre le maintien en vie et l’arrêt des souffrances du malade est déchirant.
En espérant que vous accorderez toute l’attention nécessaire à cette décision, m’informant de mesures que vous comptez prendre, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de ma haute considération.
Christine BOUTIN